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Visionnaire de l'invisible
La littérature

Le train zéro
Iouri Bouïda
(Gallimard - 2012)

 

Pour qui et pourquoi vivre ?

 

Le train zéro

    Iouri Bouïda, né à Kaliningrad en 1954,  a publié des romans qui ont joui d’un grand prestige. Dans ce récit assez court, Iouri Bouïda décrit la vie d’ouvriers avec leurs familles qui sont affectés dans une gare perdue au fin fond de la Russie. Ils vivent dans un univers boueux et ont comme travail de veiller au bon fonctionnement de la gare qui voit chaque nuit passer un train qui est appelé ‘Le train zéro.’ D’où vient-il ? Où va-t-il ? Que transporte-il ? « Les wagons étaient remplis de mutisme, de silence, des ténèbres. De mystère. Personne ne répondait à ses questions, s’ils se risquaient à les poser. » (p 43)

Ce train est pour les familles le symbole du voyage, du rêve, du mystère. « -Papa… A quoi est-ce que tu rêves ?  - A rien. Je suis comme les chiens : j’aboie, je bouffe, et je retourne dans ma niche. Et toi ? – Pour de vrai ? Je voudrais voyager dans un train de passagers. – Pourquoi ? – Si je le savais, je n’en rêverais pas ! » (p 109).

Ce récit qui est une véritable parabole décrit, d’une façon saisissante, la vie de ces travailleurs à qui on a ingurgité une idéologie qui a la prétention de donner un sens à leur vie. Et à leur mort qui fait partie de leur vie ?

Un des gardiens de la gare à réaliser son rêve. Il a osé est partir. Les habitants de ce village se demandent pourquoi il est parti. Ils se renseignent et l’autorité leur répond qu’il « voulait aller jusqu’au bout. Pour regarder, voir, comprendre ce qu’il y a là-bas, à quoi ça sert… »  Mais l’autorité ajoute que leur travail est de veiller à ce que le train passe toutes les nuits sans encombre. Le reste n’est pas leur problème. La vodka doit leur suffire. Quant au reste, « Dieu, la Ligne, on s’en fout. Du moment qu’on est là. Du moment qu’on vit, pour le reste, qu’est-ce que cela change… » (p 60) 

L’idéologie n’a pas réussi à façonner des travailleurs qui ne se posent pas de question. Mais, à l’intérieure d’eux-mêmes, cela bouillonne. « La seule et unique question, la plus importante : comment cela va-t-il se terminer ? … Si c’est la mort, eh bien, va pour la mort. L’enfer ? Va pour l’enfer ! Le paradis ? Va pour le paradis… » (p 61)

Ce récit décrit l’homme et la femme comme des êtres humains qui aiment leur famille, qui se solidarisent avec leurs voisins et leurs collègues de travail, qui se posent à tout âge des questions sur le vie et la mort dans leurs mots tandis que la société dans laquelle ils vivent et  travaillent voit en eux des machines à remplir convenablement leur travail et des consommateurs, aboutissent à la question de Vania : « Tu sais ce qu’il y a de plus bizarre dans toute cette histoire, Vania ? » Micha essaya de sourire. « C’est que moi non plus je n’y comprend rien. Rien de rien. J’ai peur, c’est tout. » (p53)

Quand une idéologie donne un sens à la vie sans en donner à la mort, cette idéologie sème la mort.

 

Décembre 2016 - R. Pousseur 

 

 

 

 

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